Pour la fille qui ne sera juste jamais "petite"

Je discutais avec un ami cet après-midi suite à un gros entraînement particulièrement "lourd".

Après une série pyramide de deadlifts s'étant terminé à 305 lbs pour moi, sans trop de peine et de misère,  mon ami me regarde et me lance "Ah, que tu es forte, toi ! Ça n'a aucun sens !" 

Le pire? C'est que je n'essaie même pas SI FORT que ça.

Pas que je trouve que lever de lourdes charges soit aussi effortless que de daigner flipper une mèche de cheveux vers l'arrière en jetant un regard fier à tous les gars qui t'ont carrément observé faire décoller du sol deux fois leur poids, mais disons simplement que ce n'est pas ce qu'il y a de plus difficile pour moi. C'est mon répertoire, ma spécialité. La force, c'est MA niche.

Il n'y a qu'un seul petit problème...mon corps aussi crie "LOURD".

C'est que je suis "faite forte" comme mon père dit. Que je le veule ou non, peu importe ce que je tente, je ne serai tout simplement jamais "petite". Je ne serai jamais délicate. Jamais menue et frêle. Même si j'essayais...à quel point serais-je prête à sacrifier ma santé physique, mais surtout et surtout ma santé mentale à nouveau pour y arriver?

Comment je sais ? Parce que j'ai déjà tenté l'épreuve ultime. Je me suis déjà engagée dans une mission mini-size-me. Échec total. Maintes et maintes fois. J'étais jeune à l'époque, dans les 15 ou 16 ans, et j'avais l'intention de me restreindre à un très maigre 1100 calories par jour, combiné à du cardio, le tout ajouté à mes entraînements intensif de cheerleading.  Je pesais un très athlétique 132 lbs et mon objectif était de taper le 115 à 5 pied 7 pouces. J'ai perdu 4 lbs. 4 maigres livres. C'est tout. Le hic? J'étais toujours aussi musclée. Toujours aussi forte. Mais affamée. Mais toujours aussi "bâtie" qu'on me disait...à mon grand désappointement, parce que j'ai toujours senti que ce n'étais pas particulièrement bien vu d'être plus athlétique.

Le même scénario s'est répété quand je me suis réellement investi dans l'entraînement et que je me suis mise à nourrir mon corps.  Instantanément, je suis devenue VRAIMENT forte, VRAIMENT musclée et VRAIMENT...différente de tout ce que je CROYAIS que j'allais devenir.

Il est où le look "tonifié" ? Ah, bien, premièrement, ce mot-là n'existe pas (si tu ne me crois pas, tu dois lire ça :http://www.inabarbelleworld.com/blog/2016/11/21/mythe-fitness-tonifier-un-mot-oublier?rq=tonifi ) Je ne ressemblais en RIEN aux filles "fit" des posts oh! combien inspirants (soulignons le sarcasme ici) de filles toutes minuscules à la forte poitrine qui posent pour l'amour (et l'envie) de leur banque de fans virtuels.  Étais-je même considérée comme "en forme" ?
Pourtant, je faisais exactement ce qu'on me demandait : Je m'entraînais fort, je mangeais bien, je pesais mes aliments En fait, je faisais même MIEUX que ce que j'aurais du faire. Je levais les charges les plus lourdes possibles et j'évitais les repas triches. Je devenais forte, très forte. Ça ne semblait pas avoir de limites...Tout comme ma masse musculaire.

Là où la plupart des filles devront travailler fort pour ajouter un 5 lbs à leur record personnel au squat, j'augmentais mes charges de façon extrêmement rapide et aisée. Je devenais musclée, plus que les autres filles. Mes cuisses, mes fesses, mes épaules. mes bras, mon dos...ça changeait RAPIDEMENT sans que j'aie à TROP vouloir que ça se produise. Ça se faisait naturellement. Sans effort majeur. J'ai su que j'étais alors le type de fille qui ne serait jamais "petite". 

On me l'avait dit, positivement ET négativement : j'étais "faite forte".

Pour une raison totalement inconnue, j'ai toujours pensé que l'attention qui était dirigée vers cet aspect de ma personne était strictement une mauvaise chose. J'avais l'impression de CARRÉMENT être l'éléphant dans le magasin de porcelaine. Je me sentais inappropriée, je sentais qu'on me regardais de travers, que j'avais toujours besoin de justifier pourquoi j'avais des gros biceps ou bien des cuisses développées. Et pourtant, j'aurais du voir à ce moment-là que cette fascination qu'on me portait simplement parce que j'étais plus massive et "forte pour une fille" était simplement de l'intrigue. Du jamais-vu pour certains, même. J'aurais du comprendre à ce moment-là de ma vie, quand j'étais, à 20 ans, encore en quête d'identité, que ce corps était mien. Que je n'étais pas typique. Que j'étais un peu différente des autres filles. Que ça ne devrait pas me gêner et que surtout, je ne devais JAMAIS m'excuser de peser plus lourd que mon copain sur la balance (désolée, you know who you are HA!). 

Ce n'étais pas ma faute. On m'avait donné un cadeau que je n'avais pas encore compris. Et peut-être que c'est ton cas aujourd'hui. Peut-être que tu te sens inadéquate. Peut-être que tu as l'impression de ne pas être "fit" simplement parce que tu n'es pas une copie conforme du générique de la bikini-model que tu vois défiler sur les pages de motivation.  Peut-être que toi aussi, tu te sens comme l'éléphant dans le magasin de porcelaine. Peut-être que tu crois, toi aussi, que la force c'est en rien féminin et que c'est un super-pouvoir poche à souhait en fait. Je peux t'affirmer que tu as tort. Si ce n'étais pas le cas, je n'aurais pas écrit cet article pour toi, pour te dire que ce n'est pas parce que tu n'as pas la génétique d'une délicate petite fleur que tu es inadéquate ou masculine. Non. 

Tu fascines. Tu intrigues. Tu dérange aussi, oui, parce que la personne que tu choques n'a peut-être rien vu de pareil avant toi. Tu défis les limites du possible. Au lieu de ternir ton talent, joues les cartes qui te sont offertes. Tu es forte, et tu es "faite forte". On a envie de se rallier à toi. De t'admirer. Tu es tellement différente...et tu m'inspires.