La femme est-elle sexualisée dans le monde du fitness?

Quand j'étais (plus) jeune, j'avais l'habitude de me laisser emporter et d'éventer mes opinions à tous les points cardinaux.  Je devenais facilement passionnée par n'importe quel enjeu social, politique ou culturel et j'adorais la confrontation, les débats et l'argumentation. On m'a souvent conseillé de devenir avocate, ce qui, moi, ne m'a jamais rien dit du tout. En vieillissant, j'ai appris à mettre la pédale douce sur mes impulsions et à mieux choisir mes batailles.

Dans les dernières années de ma jeune vie, j'ai vu de nombreuses choses se produire sous mes yeux semi-chastes dans le milieu du fitness. Par fitness, j'entends le domaine de l'entraînement, des entraineurs, des modèles-fitness...etc. J'ai vu notamment l'ampleur que le fitness a pris sur les médias sociaux, phénomène qui selon moi, est absolument fantastique. La mine d'or d'information, de motivation, d'inspiration  de soutient à laquelle on a maintenant accès tout à fait gratuitement, ça double les chances de réussite de tout le monde. S'entraîner, être en forme et s'alimenter sainement, ça n'a jamais été aussi facile à apprendre qu'aujourd'hui. Suffit d'une connexion Wifi et voilà. 

Mais avec l'engouement et la fascination pour le fitness sur les réseaux sociaux s'est aussi amené un autre genre de mouvement qui est remarqué et pointé du doigt par plusieurs. Tel un parasite opportuniste, le trop bien connu phénomène de la sexualisation de la femme n'a pas fait d'exception ; comme dans le domaine de la mode, le commerce de la bière ou encore des voitures sports, le corps de la femme est exploité à son potentiel maximal afin de faire mousser les ventes de suppléments, de vêtements de sport, d'abonnements en gym ou de programmes. "Le sexe vend", ok oui, mais en 2017, il y a PLEIN D'AUTRES CHOSES qui vendent. Alors pourquoi la sexualité des femmes est-elle autant mise à profit dans le domaine du fitness? Pourquoi est-ce que la limite entre les mots "sexy" et "pornographie" est si mince dans cette industrie pourtant moderne? 

Ça faisait plusieurs semaines que je caressais puis repoussait l'idée d'écrire un blogue sur le sujet. J'avais envie d'en parler, d'aborder le sujet sur la table, d'ouvrir une discussion, mais en même temps, c'est immensément délicat et complexe de parler de la sexualisation de la femme dans l'industrie du fitness pour les raisons suivantes :

- Chacune a une définition totalement unique de ce qui est tolérable et intolérable quand il est question de comment une femme agit avec son corps sur la place publique. 


- Chaque femme a un bagage différent qui fait en sorte que certaines images ou messages vont l'offenser et la déranger soit un peu, moyennement ou énormément.


- Plusieurs femmes se sentent opprimées par la large représentation sexuelle de la femme dans les médias alors que d'autres se sentent inspirées par la liberté qu'on les femmes en 2017 d'être fières de leur corps et d'en faire ce qu'elle veulent. 

 

C'est assez difficile aborder le sujet en étant totalement objective, au fond. Je me suis déjà faite accusée de promouvoir une image sexualisée parce que dans l'un de mes vidéos où je saute pour aller m'accrocher à une branche d'arbre et exécuter quelques chin-ups mes shorts de jeans ont le malheur de remonter et de découvrir le plis de mon bas de fesse. Preuve que, même en ayant les meilleures intentions du monde, on peut définitivement (et involontairement) produire du contenu qui va déranger certains individus. Ça m'a fait réfléchir. Je me suis mise à me demander si j'étais bel et bien sur une pente glissante et honnêtement, après y avoir accordé une minute de mon temps, je me suis rendue compte que MA définition de ce qui était tolérable était probablement vraiment différente de la vision que cette fille en avait, mais que ça ne voulais pas dire que je devais accommoder celle de cette dernière au détriment de la mienne. Au fond, ça reste un blogue, et un blogue, c'est pour les expériences personnelles et les opinions, non? Ça fait que je me lance dans le vide. 

 @paigehathaway

@paigehathaway

 @jenselter

@jenselter

Est-ce que le fitness est hypersexualisé? Oui, car on permet autant sur les médias sociaux que dans les magazines fitness d'agencer l'entraînement et la femme en l'illustrant tantôt en lingerie fine, tantôt en minuscule tenue, dans une position compromettante (qui on va se le dire, n'a RIEN à voir avec l'exécution réelle d'un mouvement d'entraînement que nous on reproduirait dans notre gym), tantôt huilée de la tête au pieds, en maillot, en train de se faire juger strictement sur l'apparence de son corps. Selon moi, il y a un clash très marqué entre ce qu'on PENSE que les femmes veulent et ce que les femmes veulent VRAIMENT. L'industrie fourmille d'images et situations qui ont évoqué chez moi un profond sentiment de malaise et qui, je sais, ne font pas de ma personne un cas unique. Je fais référence particulièrement un concours très connu et populaire au travers le Canada organisé par un magazine fitness qui demandent au femme de leur soumettre des photos pour recenser le palmarès des canadiennes les plus en forme. Une fois que l'édition annuelle sortira, je te met au défi d'en feuilleter les pages en public sans être gênée. La plupart des clichés auraient plutôt tendance à appartenir aux pages du Playboy qu'à un magazine prônant la santé et l'entraînement. Et selon, ça c'est vil et puéril.

Objectifier le corps des femmes, les empiler dans un stupide palmarès en les présentant aux autres femmes comme l'ultime crème-de-la-crème du pays et tapisser le projet du mot "fitness" c'est assez révoltant pour quelqu'un comme moi, comme toi peut-être, qui essaie de faire comprendre aux AUTRES femmes (celle qui ne font pas le fameux top 100) que leur "fitness" n'a rien à voir avec une paire de jarretelles et être LA bombe sexuelle du gym.  Le "fitness", la santé, avoir la forme c'est plutôt de se sentir plus forte, confiante, de se surpasser, de mener une vie saine, d'être capable de vivre longtemps, de devenir sa meilleure soi. 

 

Je pense que c'est vraiment le point culminant de la problématique. Aucune femme ne se sent représentée par ce genre de contenu. Et honnêtement, quand je dis que chez Barbelle, on fait de l'entraînement au féminin, je ne veux pas que l'image de bimbos soit ce à quoi ont pense automatiquement. Je suis certaine à 99,9% qu'aucune femme veut qu'on réduise tous les efforts qu'elle met au quotidien dans ses entraînement rigoureux et la discipline dont elle doit faire preuve pour bien s'alimenter à une image vulgaire d'une femme en shape qui prend la pose à la Jen Setler ou à la Paige Hathaway. Chacune d'entre nous mérite tellement plus de respect que ça. Selon moi, par contre, c'est une minorité de gens qui produisent ce contenu; c'est simplement qu'il reçoit TELLEMENT d'attention. Positivement ou négativement, les femmes découvertes font parler.

 

Comme je le décrivais plus tôt, cependant, il y définitivement des zones grises, surtout dues au fait que la femme dans son individualité ne sait pas encore trop comment réagir à sa liberté relativement nouvellement acquise. Quand on pense qu'on nous refusait le droit de voter ou d'ouvrir un compte de banque il y moins de cent ans, il est normal qu'on ne sache pas encore être 100% à l'aise avec l'appropriation de notre propre corps et de nos droits de l'accoutrer comme on l'entend.
Et comme je le mentionnais aussi plus haut, pour certaines femmes, c'est réellement inspirant de voir d'autres femmes dévoiler leur corps et en être fière. Pensons aux femmes hors normes qui ont fait leur place sur la place publique ces dernières années et qui ont affiché au grand jour toutes la diversité corporelle qui fourmille dans le vrai monde. C'est séduisant, ça nous donne envie d'être fières d'être femme. On n'est pas en droit de dicter à une femme comment elle devrait s'aimer en 2017 tout comme on n'aurait jamais du lui interdir son droit de vote ou de divorce anciennement. Tout n'est pas noir ou tout blanc; moi-même je suis très ambiguë dans ce dossier. J'ai tendance, personnellement à être inspirée par les femmes qui assument leur corps, mais qui ont aussi un message très puissant et rassembleur derrière leur actions. Par exemple, j'admire Ahsley Horner, une femme au physique de BOMBE, maman à trois reprises, entrepreneure propriétaire d'une demi-douzaine d'entreprise et activiste qui organise annuellement des courses à pied et à vélo pour amasser des fonds pour des orphelinats en Haiti et en Inde. J'ai la drôle d'impression que l'exception existe qua don a un portait de la personne derrière un cliché. Tout est dans la subtilité, dans l'intention. 

@ashleyhorner

L'hypersexualisation est une flamme plus fragile qu'on le croit qui menace de s'éteindre à tout moment dès qu'on, nous les femmes, décident d'y mettre fin. Et en passant, déverser une pluie d'insultes sur une femme qui s'expose n'aide pas la cause ; elle la fait plutôt reculer. La gente féminine se doit de se serrer les coudes ; la pire ennemie de la femme est l'autre femme qui choisie de ne pas s'unir. Je jasais justement avec une amie féministe de ce phénomène barbant ; pourquoi est-ce si tentant de rabaisser l'une des nôtres? On est pourtant tellement plus fortes ensemble. Délaissons donc notre ego et notre esprit de compétition. Aimons les autres femmes et apprenons à nous aimer mieux nous-même dans le processus.  

Le corps de l'homme est aussi sexualisé et objectifié dans le monde du fitness. Et je pense avec conviction que le contenu et les publicités dans le monde du fitness qui sont sexualisée s'adressent à un public perverti. Les femmes ne répondent pas à une représentation réelle des désirs de la femme. La meilleure façon de frapper fort - là où ça fait mal - l'hypersexualisation, c'est en cessant de la consommer. Essayer d'être plus consciencieuse des valeurs derrière les produits et items qu'on achète est important. On vote avec notre dollar, et on le fait chaque jour. Va de même pour les réseaux sociaux ; suit des pages et des gens qui te font sentir bien et qui t'inspire. Arrête d'empoisonner ta propre existence avec du contenu qui t'indigne ou t'afflige de sentiments négatifs. Tu es responsable de ce que tu consultes sur le web, fait un choix avisé et remplis ta tasse de positif. 

J'ai vraiment aimé jasé hypersexualisation dans le monde du fitness, mais je sens qu'on pourrait en dire TELLEMENT davantage sur le sujet. Je suis vraiment curieuse de savoir ce que toi tu en pense. Laisse-moi un commentaire !