Tu es folle #CommeUneFille

Tu devrais être au courant. Cette semaine, mercredi plus précisémment, ce sera un peu comme ta fête. 

Une célébration empreinte d'espoir, mais entachée d'un certain cynisme, aussi.

La journée internationale de la Femme, c'est un peu pour nous rappeler, par sa simple existence, qu'on se bat encore et toujours pour des droits fondamentaux. Pour qu'on se souvienne que rien n'est encore acquis. Si on en parle, qu'on a envie de s'afficher, si on s'époumone en scandant : "ÉGALITÉ!", c'est qu'on ressenst encore et toujours un malaise. 

Loin de bien des malheurs dont nos consoeurs nord-africaines et sud-américaines feront l'expérience dans leur pays natal, nous, dans notre petite bulle d'illusion, femmes de l'Occident, nous battons en nous débattant dans le vide. On affrontre le type de vilain qu'on ne voit même pas à l'oeil nu. On ne connait pas son nom, ni pourquoi il fait ce qu'il fait. Il ne s'appelle pas viol, mariage forcé, inderdiction d'accès à l'information ni mutilation sexuelle. On ne peux pas l'identifier, mais chaque femme le ressent nous traverser froidement d'un temps à l'autre. Parfois constamment. Il aime être sournois et méprisant, de façon si subtile qu'on nous traitera de folle à chaque fois qu'on rapporte l'avoir vu de nos propres yeux. Les gens n'aiment pas en parler; on trouve ça excessif et cliché. Mais la vérité, c'est que si il gagne, ce vilain-là, on retombe à la case départ, nous aussi, les femmes de l'Occident.

Ce démon, il bouge vite. Et il recrute des complices. Il est tellement puissant, parfois, qu'il réussit même à faire avaler à certaines femmes qu'elles ne devraient pas se sentir sérieusement froissées quand un gars passe un commentaire sur leur apparence physique. C'est sa faute à elle si elle n'est pas à la hauteur des foutaises de fantasmes de messieurs. L'un de mes ex-copain m'a déjà lancé que je serais cent fois mieux avec des faux-seins. Je me suis demandé si je devais détester son commentaire, ou bien me détester moi même. "Déteste-toi", Il murmure. Pas lui, non. Je parle du vilain invisible.

Combien de fois vous êtes-vous faites accostée de façon sexuellement explicite dans le métro, dans un bus, au gym, à l'épicerie? Combien de fois vous a-t-on crié "Hey, sexy!" ou "Joli cul !" en plein public sans que personne ne daigne lever la tête alors que ces mots se fracassaient froidement sur votre personne? Combien de fois avez-vous eu une certaine réticence de vous faire offrir un verre dans un bar, parce que ces affaires-là de drogue du viol, ça n'arrive pas juste aux autres. Il faut être prudente. Ne pas sortir seule trop tard le soir. Verrouiller les portes. Et même encore, le Vilain est caché dans ton téléphone mobile, près à te tarir de commentaires dégradants sur tes photos et envahir ta boîte de messagerie Facebook de demandes sexuellement explicites.  C'est toi qu'on accusera et tu le sais. "À quoi tu t'attends, habillée de même?". "Si tu ne veux pas te faire harceler, ne mets pas de photos de toi en maillot sur les réseaux sociaux!". "Tu cherches l'attention, assume!" 

Je n'aime pas non plus quand on décribilise publiquement une femme. Petit exemple proche de nous qui fut marquant pour moi. J'ai toujours aimé Pauline Marois. Vous pouvez adhérer ou pas à son idéologie politique, mais la FEMME qu'est Pauline Marois est le genre de femme que j'aimerais devenir. Avant de devenir Première Ministre, elle a connu une glorieuse et brillante carrière politique, ayant siégé aux ministère de l'Éducation de la Santé et des Finances. Une première au Québec, hommes et femmes confondus. De plus, elle est la première femme en Occident a avoir accouché alors qu'elle occupait une fonctione ministérielle. Je trouve totalement déguelasse qu'on l'aille dépeinte comme une vieille folle-aux-chats trop émeichée après ses années en politique. Qu'on la traque, cette sorcière, comme au temps de Salem et qu'on la jette sur un buché de l'humiliation. Dans les tranchées, ici, dans le peuple bas, on ricane quand on prononce son nom.
Ça évoque une caricature. En moi, ça évoque l'insulte suprême et ça me met en colère. Parce qu'on n'a pas seulement congédié une première ministre femme, on a froidement étampé notre paume de main dans le front ambitieux des femmes comme Pauline. Des femmes comme toi et comme moi. C'est une farce. On nous rit au visage et encore une fois, le Vilain a frappé. Il a même convaincu certaines femmes de se moquer de leur propre talent...On n'a pas ce qu'il faut. Tout simplement. Allons tristement scander dans les rues "ÉGALITÉ!" maintenant...

Je suis malaisée. Ou peut-être suis-je folle?

Les femmes sont brillantes, même si leur feu est réduit à de la braise, fûmante tranquillement, prête à être ravivée. Notre intelligence fait des vagues, même lorsque contenue par de stupides normes  et de délirants préjugés. Nous ne pouvons pas être mise dans une boîte. Catégorisées. Classées.
On fascinne et c'est cette fascination qui est aussi notre traqueur. On veut nous piéger, nous immortaliser et nous disséquer. Nous garder sous loquet. Nous contenir. Ce qu'on peut faire est immense, et avec l'amour qui se trouve dans chacun de nos coeurs de femme, si nous étions totalement libres, nous pourrions changer le monde. Je suis peut-être folle #CommeUneFille d'y croire, mais je crois plus en nous, les femmes, que je crois ce que le Vilain-Invisible raconte à propos de nous.  

Je sais que cette semaine, je mettrai de côté les blogues sur les glucides, le cardio et les meilleurs exercices pour les jambes. Je change mon fusil d'épaule pour quelque chose qui DOIT venir BIEN AVANT les abdominaux. S'il y a un moment où je te demanderais de bien vouloir PARTAGER ce que je te partage, c'est cette semaine; faisons un effort de groupe pour aider les filles et les femmes comme toi et moi à se sentir à leur place dans ce monde. Laissons-leur savoir qu'elles ne sont PAS seules. <3