Ces filles qui détestent les autres filles

J’ai souvent des discussions enflammées sur le féminisme ces temps-ci.

Et, je crois que je me décrirais comme une féministe au fait. Parce que je pense que l’image de la femme dans notre société actuelle mérite un revamping, oui.

Puisque tu es une femme toi aussi, tu sais que nous, la gente féminine, faisons l’expérience de certaines choses d’une façon complètement différente que les hommes. 

Et jamais ils ne pourront vraiment comprendre ce que ça fait d’être accostée dans la rue en se faisant siffler, klaxonner, mater, crier des noms. De se faire regarder comme un morceau de viande par des inconnus qui ont probablement l’âge de notre père. De se faire objectifier, réduire à un produit sexuel dont on peut disposer quand il ne nous convient plus, tantôt par un homme qu’on connaît bien, tantôt sur le net.

Que tu sois blanche, noire, grande, mince, grosse, jeune ou moins jeune, en petite robe ou habillée de la tête aux pieds, ça n’a pas d’importance, ça arrive constamment et à toutes les femmes. Ça ne devrait pas, rien de rien ne devrait JUSTIFIER qu’on sexualise un être humain. Je peux compter sur les doigts d’une main les fois où ça m’arrive dans une seule JOURNÉE et je suis certaine que tu peux, si tu observes autour de toi, le sentir toi aussi. C’est grave. 

 

Même s’il ne s’agit pas de moi directement, qu’il est question d’une autre femme qu’on réduit à un objet ou qu’on sexualise dans les médias, je me sens toujours concernée. Par ailleurs, je me sens aussi automatiquement répugnée.

Mais, par dessus tout, ce qui me dégoûte le PLUS, c’est de voir d’autres FEMMES ne pas se respecter entres elles. De voir des filles lancer des pierres à d’autres et à la cause de la femme sans raison plutôt que de pouvoir cerner le vrai esprit du féminisme : se tenir les coudes ENTRE femmes, POUR toutes les femmes. 

Sans vouloir jouer à la victime (vraiment, ce n’est pas mon objectif), maintes et maintes fois dans ma vie, j’ai dû gérer des typique mean girls. Tantôt, de parfaites inconnues, tantôt des filles dans mon propre entourage, à l’école surtout. J’ai toujours eu l’impression que j’étais « too much ». Dans le style où j’ai l’impression que tu as ce double-standard à porter sur les épaules quand tu es une fille. Tu peux être jolie, mais définitivement pas intelligente. Tu peux avoir une jolie voiture et un condo neuf, mais attends-toi à ce que les gens racontent que tu dois avoir un homme qui te finance. Tu peux être sportive, accomplir des exploits sportifs, mais si tu as le malheur d’être musclée, tu risques de te faire comparer à Thor ou à un gorille.  Si tu es une maman, on admirera ta dédication, mais tu es quasi automatiquement retraitée du marché de la séduction, comme s’il fallait que tu renonce à ton sex-appeal suite à l’accouchement. 

C’est comme si certaines femmes et la société en générale était encore inconfortable avec une femme-à-tout-faire. Avec une femme multi-dimensionnelle qui est extra dans toutes les sphères de sa vie. Une femme ultime. Pourquoi tout le monde est inconfortable avec ça, une Wonder Woman en chair et en os? 

Je n’ai jamais voulu être discrète et j’ai toujours déranger plusieurs femmes, je crois. Avec mes muscles ou avec mes mots, mais je sais aussi que jamais je ne serais heureuse en me diminuant pour être mieux acceptée et intégrée. À quoi bon vouloir me fondre dans la masse? J’ai juste envie d’offrir ce que j’ai de mieux, pas de rester assise tranquille dans un coin à sourire pour ne pas brusquer personne. Je n’ai pas toujours été comme ça et je sais que tu sais exactement de quoi je parle si je te dis que c’est un constant combat de vouloir s’affirmer mais d’avoir peur de blesser les autres. Ce n’est pas quelque chose qui se fait en deux-temps-trois-mouvements de se donner le droit d’être une femme attirante, brillante, attachante, fabuleuse et forte.

Et c’est aussi pourquoi je ne condamne JAMAIS le temps que quelqu’un puisse prendre pour nourrir sa personne, pour prendre soin d’elle-même. Comment peux-tu voir le beau et le bon chez une autre si tu n’es toi-même pas consciente de la personne grandiose que tu peux être. Ces filles qui détestent les filles ne pensent juste pas qu’elles peuvent être cette Super Woman qu’elles voient ailleurs, chez une autre. Et ça, c’est un problème.

L’esprit de compétition est solidement ancré chez les femmes depuis la nuit des temps, mais la société moderne a rendu le phénomène encore plus prononcé.

Pourquoi? Parce que nous sommes plus influençables lorsque nous sommes divisées plutôt qu’unies.  L’influence qu’une compagnie peut avoir sur un groupe de femme peut se convertir en des recettes de milliards de dollars. Pourquoi voudrait-on que les femmes s’encouragent, se supportent entre elles et ne se jalousent pas les unes et les autres à cause de leurs attributs physiques, leurs vêtements, leur argent, leur statut, leur voiture, leur maison. 

Beaucoup de femmes sont la source numéro 1 de nuisance au réel équilibre entre les hommes et les femmes. Oui, le vrai ennemi du féminisme, ce n’est pas l’homme, mais bien la femme-enfant qui n’a pas encore compris que de rabaisser une autre femme équivaut à se tirer dans le pied. 

En plus, quel message envois-tu, tant qu’à y être? « Je ne respecte pas les autres femmes, donc par conséquent, les femmes n’ont pas besoin d’être respectées. Raté, je suis une femme. » 

 

On ne parle pas d’équilibre salarial, de droit de vote, de droits fondamentaux pour lesquels les générations de femmes avant la nôtre on du se battre. Ici, il est question d’égalité sociale; de rôle, de réputation et d’identité. C’est tellement plus subtil, mais c’est aussi important. C’est mélangeant, j’en convient, mais c’est au primaire qu’on enseigne aux plus jeunes que nous ce que c’est qu’une femme et surtout que naître fille ne vient pas avec une cible sur laquelle tout le monde peut tirer. 

Je vois trop souvent des filles, surtout via les réseaux sociaux, et même dans la vie, se laisser dominer par leur propre ego et insulter ou rabaisser une femme délibérément et parfois très très sournoisement. Je dis non à ça, et je dis que ce n’est pas la fille « too much » qu’il faut dénoncer. Plutôt, peut-on enfin trouver une seule chose de gentil à se dire entre nous? Sommes-nous assez brillantes pour ENFIN nous rendre compte que nous sommes toutes dans le même bateau et qu’il vaut mieux commencer à ramer dans la même direction si on veut vraiment faire valoir nos points de féministes.