Pourquoi la définition du mot "féminité" a besoin de changer

Le fameux "F Word". Et non, par là, je n'entends pas le blasphème anglophone qui commence par la lettre "F", mais bien le mot F-É-M-I-N-I-T-É

Bizarrement, tout le monde se donne comme mission de définir ce à quoi la féminité devrait ressembler. Certains scandent que les femmes en courbes sont les "vraies" femmes, alors que d'autres soutiennent que celles aux cheveux longs et à la silhouette délicate sont véritablement plus féminines.

Selon le dictionnaire Larousse, la féminité est : 
Ensemble des caractères anatomiques et physiologiques propres à la femme.

À mes yeux, c'est étrange que les vêtements, le maquillage, la coiffure et la corpulence d'une femme joue sur son attribution sociale de points de féminité ; surtout, c'est dénigrant au plus haut point. Alors quoi, société, je dois rester assise bien sagement alors que tu m'attribues un "score" de féminité? 

Être née femme, ça ne suffit donc pas?

Délicate comme une rose

Dans un monde comme celui dans lequel nous vivons, les femmes sont encore muselées et attendues de ne pas trop occuper d'espace. Littéralement. La société valorise davantage une femme pour sa délicatesse, son corps, sa beauté conventionnelle, son esprit maternel, sa capacité à capturer l'intérêt du sexe opposé et sa complaisance. On ne parle jamais vraiment d'à quel point une femme peut être forte, brillante, engagée, acharnée, intriguante, disciplinée. Et c'est dommages qu'avec autant de femmes différentes, on s'accroche encore à une définition aussi étroite de la féminité. 

Si tu as grandis à peu près à la même époque que moi, tu as toujours voulu être une grande blonde vraiment très mince proportionnellement à sa poitrine volumineuse qui laissait son string dépassé à la Degrassi : Nouvelle génération et qui faisait tourner toutes les têtes sur son passage. C'est ce que je voyais dans les médias étant enfant. Et ce n'était pas la faute de mes parents, c'est juste que cette idéologie de la femme c'était pesant et c'était viral.

J'aime beaucoup les médias sociaux. C'est vrai, je te l'accorde, ils ont aussi leur lot de négatif, mais c'est avec leur avenue, on a enfin eu droit à une nécessaire dose de diversité. Grâce à eux, on a pu voir de nos propres yeux que des femmes rondes, des femmes musclées, des femmes chauves, des femmes de différents héritages ethniques, des femmes aux visages et styles complètements différents et atypiques ÇA EXISTE.  Je pense qu'on est encore au stade où on a les griffes sorties ; ça nous choque encore de voir des corps différents parce que je vois encore constamment des femmes s'attaquer entre elles. "Je ne voudrais jamais ressembler à ça" par ici, "Cette fille-là est dégoûtante" par là. Je suis confiante qu'un jour, on finira toutes par se rencontre qu'ensemble on est plus fortes et qu'on mène la même bataille ; celle de se libérer des chaînes que sont les standards de beauté. 

Il est plus que temps que ça se passe ; arrêtez de pousser à changer nos corps, nos visages et nos esprits pour rentrer dans le moule. Arrêtez, vous les filles, de sentir que vous devez quoi que ce soit à qui que ce soit. Arrête de prendre les coups, lève-toi et décampe ; l'herbe est plus verte là où tu cesseras d'accepter d'être la petite rose délicate de quelqu'un d'autre. 

Accepter de ne pas avoir d'étiquette

Je pense que le moins rassurant avec le fait d'oublier tout ce que le mot "féminité" a pu vouloir dire jusqu'à présent c'est qu'on doit retirer les étiquettes qu'on porte. 

Si tu t'étais conformée à la définition sociale de la féminité pour plaire (ou juste pour survivre, au fait) et que tu te sentais valorisée et acceptée et que soudainement tu devais te rendre compte que seul le fait d'être femme valide ta féminité, ça peut fair peur. Soudainement, c'est comme si "féminité" ne faisait plus partie de ton curriculum vitae et que tu ne pouvais plus utiliser ton apparence pour te propulser et te sauver la mise. Être mise à nue et devoir faire un voyage à l'intérieur de soi pour se rendre intéressante, c'est paniquant. Je le sais, je l'ai vécue.

Jusqu'à il y a 6 ans, j'étais la définition MÊME du cliché de la féminité : petite bonde mince et délicate, courbes aux bons endroits, un peu trop gênée pour partager le fond de ma pensée, j'avançais dans la vie avec l'unique certitude que j'étais conventionnellement jolie. 

Quand j'ai commencé à m'entraîner et à me changer en une version très non-conventionnelle de la femme (aka, quand mes muscles ont grossi) tout a changé. 

Les garçons ont cessé de s'intéresser à moi ; du moins pas comme ils le faisaient. Disons que le nombre de prétendants s'est décimé, HA ! J'ai perdu beaucoup d'amies. On s'est moqué de moi. On m'a traqué et attaquée verbalement. On m'a scandé que je m'étais transformé en homme. On ne s'est pas gêné de me laisser savoir que j'avais "désappointer" aux attentes des gens autour de moi. Et durant toute cette période, j'ai perdu mon "étiquette de féminité". J'étais devenue...bah, juste une personne! Drôlement, on ne savais plus dans quelle boîte me placer. 

"On fait quoi avec celle-là?"
"Ah, elle, elle ne fit plus avec les sex-symboles...ni avec les filles douces et délicates. Mmm."
"On la place dans quelle catégorie?"
"Objets perdus. Oui, objets perdus ça va." 

Au début, c'était très paniquant (dans le sens que je croyais finir vieille fille et posséder 23 chats) mais j'ai vite changé ma vision :
"C'EST VRAIMENT LA MEILLEURE CHOSE QUI ME SOIT ARRIVÉE DE NE PLUS ÊTRE FÉMININE!", j'ai pensé à moi-même comme une révélation, un beau jour.  C'est vrai, j'étais enfin libre. Les gens qui avaient une idée étroite et fermée de la femme ne faisaient plus partie de ma vie et c'était l'occasion en or pour moi de finalement exploité ce que je savais FAIRE plutôt que de miser sur ce dont j'avais L'AIR. C'était libérateur, vraiment, de ne plus avoir de comptes à rendre à personne. J'ai compris que la féminité n'était qu'un mirage et qu'après avoir ingéré une bonne dose de réalisme c'était ridicule de chercher à pourchasser un idéal "féminin" dessiné par des hommes avides contenir notre VRAI potentiel de femmes. 

Alors bref, si tu es une femme, tu es féminine. 

- Anne-Ma

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